Quand la cendre devient électrique, un orage volcanique

Vous le reconnaissez ? Comment l’oublier ! Eyjafjöll, à prononcer d’un seul trait. Cela ne vous dit toujours rien ? L’Eyjafjöll est un volcan du Sud de l’Islande recouvert d’une calotte glaciaire, l’Eyjafjallajokull. Ses cendres ont provoqué d’importantes perturbations du trafic aérien en avril 2010, bousculant les habitudes de milliers de personnes. Souvenez-vous.

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Un orage volcanique © Sigurður Stefnisson

Un orage volcanique n’est pas le résultat d’une rencontre entre un orage traditionnel et le panache jailli du volcan. C’est un phénomène qui se produit lors d’une éruption volcanique, quand les gaz rejetés tourbillonnent à une vitesse telle que les particules de poussière se frottent les unes contre les autres et s’électrisent. L’électricité statique accumulée se libère alors et les différences de potentiel sont de l’ordre de centaines de millions de volts. Cela engendre des arcs électriques qui zèbrent la masse éruptive avec violence. Ce genre d’orage est connu des vulcanologues car il touche la plupart des volcans dont le volcan islandais Eyjafjöll, dont on voit ici une des manifestations. L’Islande est une île entièrement volcanique appartenant au secteur émergé de la dorsale océanique (chaîne de montagnes sous la mer). En effet, au milieu et au fond de tous les océans, serpente une immense « fosse » appelée rift. La montée du magma au niveau des fractures est à l’origine de toute la lave basaltique qui constitue le plancher océanique.

Une première éruption débute le 20 mars. Jusqu’au 12 avril, de larges coulées de lave dévalent les pentes glacées du stratovolcan. Deux jours plus tard, une seconde éruption entraîne des inondations glaciaires brutales et destructrices, ainsi que la formation d’un imposant panache composé essentiellement de vapeur d’eau, de gaz et de cendres. Poussées par les vents, ces cendres s’élancent vers l’Europe continentale.

En raison de menaces sur le fonctionnement des réacteurs des avions, les autorités gouvernementales décident la fermeture de plusieurs aéroports, provoquant de nombreuses annulations de vols jusqu’au 20 avril. Les pays industrialisés réalisent alors la toute-puissance d’un volcan plusieurs fois millénaire, dont l’une des plus banales manifestations peut avoir des conséquences considérables sur la vie quotidienne.

Comme nombre de ses semblables, Eyjafjöll possède également la faculté d’offrir aux humbles terriens que nous sommes un aperçu spectaculaire de l’activité électrique qui devait régner sur la Terre primitive. Durant son épisode éruptif du printemps dernier, le mastodonte de roches, de glace et de fumerolles a révélé à nos yeux privilégiés cette majestueuse manifestation de fureur et de beauté à l’état pur : un orage volcanique.

Un phénomène spectaculaire

Connu depuis des siècles, ce phénomène naturel exceptionnel passionne les scientifiques autant qu’il impressionne le profane. Il se produit lorsque, par un effet de tourbillon dans les gaz d’une éruption volcanique, les particules de poussière s’électrisent, induisant des différences de potentiel de centaines de millions de volts. Il n’est donc pas le fruit d’un accouplement entre un orage traditionnel et une quinte de toux syncopée surgie des entrailles de la Terre. Ces charges d’électricité statique se développent dans les nuages de cendre lorsque les particules expulsées du cratère pendant l’explosion se frottent les unes contre les autres. De ce fait, l’électricité statique accumulée se libère en un déchaînement d’éclairs à l’intérieur du panache de cendres.

Ces brèves traînées lumineuses bleutées qui zèbrent le ciel d’encre près du sommet du volcan offrent un spectacle grandiose et d’une beauté qui appelle à la contemplation. La Terre nourricière et protectrice possède de multiples visages qui à bien des égards suscitent notre admiration. À nous, locataires temporaires d’en comprendre les manifestations souvent majestueuses mais parfois dramatiques pour savoir se protéger de leurs effets.