L’IPCS : information préventive aux comportements qui sauvent

En début d’année 2016 et suite aux événements qui ont marqué l’année 2015, l’État a souhaité offrir la possibilité à tous les citoyens de bénéficier d’une initiation aux premiers secours. Elles sont dispensées par les services départementaux d’incendie et de secours (Sdis), les associations agréées de sécurité civile et la Fédération nationale des sapeurs-pompiers. Ces courtes cessions organisées durant les weekends du mois de février ne sont que des initiations composées de deux modules « Alerter, masser, défibriller » et « Traiter les hémorragies » [1].

Afin de renforcer ses capacités d’action en tant que premier acteur du secours, chaque citoyen peut approfondir ces enseignements grâce à la formation aux premiers secours civiques de niveau 1 appelée PSC1. Elle est effectuée par les associations de sécurité civile agréées comme l’Association nationale des premiers secours, la Croix-Rouge française, la Fédération des secouristes français Croix-Blanche ou l’Ordre de Malte, etc.

Une autre démarche de sensibilisation et d’éducation aux enjeux de sécurité civile a également fait ses preuves depuis sa création par le service départemental d’incendie et de secours des Alpes-Maritimes en 1995, l’IPCS : l’information préventive aux comportements qui sauvent.

Qu’est-ce que l’IPCS ?

Créée sur le bassin grassois afin de limiter l’impact des incendies dans les parfumeries en zones fortement urbanisées grâce au comportement adapté des personnels et de la population, elle s’est progressivement développée sur l’ensemble des sites vulnérables et au sein de l’Éducation nationale. Cette méthode vise aujourd’hui différents objectifs :

  •  diffuser une culture du risque sur la responsabilité individuelle et la solidarité ;
  •  sensibiliser chaque individu aux comportements adaptés à la prévention des accidents ;
  •  préserver la lucidité de l’individu face à un danger ;
  •  inciter les publics à l’analyse des risques là où ils se trouvent ;
  •  faciliter l’élaboration de plan d’urgence et l’intervention des secours.

Il s’agit d’une formation qualifiée d’atypique par les sapeurs-pompiers eux-mêmes, car elle se base sur la maïeutique, c’est-à-dire le questionnement sur ses connaissances et ses réflexes, ce qui amènera à trouver ses propres réponses. Fruit d’un travail collectif, elle fait émerger le « moi communautaire », la conscience du groupe qui pousse ses membres à avancer ensemble et accroît la confiance et la solidarité. Elle développe également la mémoire automatique qui permettra d’adopter un comportement adéquat lors de la survenance d’une crise.

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Le non-vu dans la fumée froide, le moteur de la résilience - © F. Castagnola / SDIS06

L’IPCS est une dynamique de citoyenneté conventionnée entre services départementaux d’incendie et de secours, rectorats, préfectures et conseils départementaux, dispensée par les sapeurs-pompiers des Sdis. Les délégations régionales du Centre national de la fonction publique territoriale (CNFPT) ont toute légitimité pour financer et organiser un stage d’animateur IPCS pour chaque Sdis qui souhaiterait accroître la résilience des populations défendues. En début d’année 2016, on notait que le CNFPT avait permis le développement de l’IPCS dans une dizaine de Sdis. Un animateur IPCS pouvant sensibiliser 8 000 personnes par an, il est estimé à 1,5 million le nombre de personnes sensibilisées grâce à cette démarche sur le territoire national.

Une démarche complémentaire du PPMS

Elle s’adresse aux adultes comme aux enfants et est principalement destinée aux établissements recevant du public et en particulier les établissements scolaires, les administrations et les entreprises. Les écoles et les établissements scolaires participent à la doctrine d’organisation de la réponse de sécurité civile (Orsec) grâce à leur plan particulier de mise en sûreté face aux risques majeurs (PPMS), véritable plan d’auto-organisation en cas d’événement, dans l’attente de l’arrivée des secours.

Ils se conforment ainsi aux exigences du code de la Sécurité intérieure qui dispose que « toute personne concourt par son comportement à la sécurité civile. En fonction des situations auxquelles elle est confrontée et dans la mesure de ses possibilités, elle veille à prévenir les services de secours et à prendre les premières dispositions nécessaires [2] ». Le code de l’Éducation exige également que « tout élève bénéficie, dans le cadre de sa scolarité obligatoire, d’une sensibilisation à la prévention des risques et aux missions des services de secours ainsi que d’un apprentissage des gestes élémentaires de premier secours [3] ».

De plus, cela s’inscrit pleinement dans l’esprit des circulaires du 25 novembre 2015 [4] du ministre de l’Intérieur et de la ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche relatives à l’actualisation des plans particuliers de mise en sûreté. En effet, la démarche de l’IPCS permet d’identifier les partenaires indispensables, de construire un PPMS opérationnel et surtout de le tester par la réalisation d’un exercice d’application annuel.

L’autonomie des assistants de sécurité

Dans les écoles et les établissements scolaires, l’IPCS, articulée autour de cinq heures de sensibilisation pour les personnels et de deux heures pour les élèves assistants de sécurité (Assec), favorise la gestion des émotions face au danger et la gestion de crise pour faciliter l’intervention des secours, atténuer le nombre de victimes et réduire les coûts directs et indirects induits par un sinistre.

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Élèves assistants sécurité - © F. Castagnola / SDIS06
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Assec : le séisme - © F. Castagnola / SDIS06

L’IPCS s’appuie en effet sur une logique d’autonomie des acteurs et en particulier sur la formation d’assistants de sécurité qui peuvent par exemple, dans le cadre du PPMS, être des élèves volontaires qui assisteront le professeur lors d’une évacuation. Elle propose aussi des modules spécifiques comme ceux dédiés aux transports scolaires ou aux feux de forêts.

La Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France vient d’intégrer le module assistant sécurité au cursus de formation des jeunes sapeurs-pompiers (JSP). Les élèves assistants sécurité contractent régulièrement des engagements de sapeurs-pompiers volontaire et les sapeurs-pompiers animateurs IPCS intègrent souvent des réserves communales de sécurité civile lors de leur retraite, favorisant le lien sauvegarde-secours.

Une démarche qui a prouvé son efficacité

À l’heure où plusieurs établissements scolaires ont fait l’objet de menaces, la mise à jour des PPMS et par-dessus tout, leur mise en application par des exercices, demeure une priorité. C’est notamment l’objet de l’IPCS qui se concrétise par une mise en situation réelle, dans des scénarios originaux où tout est fait pour confronter les acteurs à leurs réactions durant une crise, à l’aide de simulateurs d’incendie ou de fumées.

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Évacuation du collège de Cassis - © F. Castagnola / SDIS06

Des exemples récents viennent régulièrement confirmer l’efficacité de l’Information préventive aux comportements qui sauvent à l’instar de l’incendie qui s’est déclenché dans une école de la ville de Nice le 19 janvier 2016. Les cent vingt-huit enfants ont été évacués vers le réfectoire de l’école et la situation a pu être communiquée très précisément à l’arrivée des secours. Les sapeurs-pompiers qui sont intervenus sur place ont relevé que les enseignants, les personnels et élèves avaient réagi de façon coordonnée, adaptée sur l’évacuation immédiate de l’école, ce qui a permis d’éviter toutes blessures ou intoxications par les fumées.

L’IPCS a par ailleurs fait l’objet de publications scientifiques relevant son efficacité et a reçu deux trophées les Irisés, forum d’information sur les risques majeurs éducation et sensibilisation :

  • Iris de diamant en 2009 sur l’aspect éducation de populations et du milieu scolaire ;
  • Iris de cristal en 2011 sur la préparation des populations face aux inondations torrentielles des petits bassins versant.

L’expansion de l’IPCS ne pourra qu’aller dans le sens du thème retenu pour l’année 2016 au titre du label « grande cause nationale » à savoir « Le citoyen au coeur de la prévention des risques et de l’action de secours ».


L’IPCS à l’étranger

  • Premier projet européen : exercice en 2005 en Italie dans la province de Ferrara sur le thème inondation avec l’Autriche, la Belgique, l’Allemagne, la Hongrie, l’Italie, la Slovaquie, l’Espagne, la Grèce et la France. L’ensemble des pays se sont dit intéressés par la démarche.
  • Deuxième projet européen : Youth Prevention Pro. Pays participants : Bulgarie, Grèce et France. L’IPCS a recueilli le titre de meilleure pratique sur l’éducation aux risques en milieu scolaire.
  • La ville de Kobé reçue par le Sdis 06 en 2004 au lendemain du séisme sur l’île de Honshu au Japon s’est inspiré de l’IPCS et a développé une dynamique similaire dans le milieu scolaire.

En savoir plus

Pour en savoir plus :
- Le site du Sdis 06 – Groupement fonctionnel Citoyenneté.
- La formation d’animateur à l’IPCS sur le site du CNFPT.
- Campagne l’IPCS et Indiana Djeuns sur le site du département des Alpes maritimes.
- Le guide d’élaboration du PPMS à télécharger sur Éduscol.

Notes

[2Article L.721-1 du code de la Sécurité intérieure

[3Article L.312-13-1 du code de l’Éducation

[4Circulaires du 25-11-2015 n° 2015-205 relative au plan particulier de mise en sûreté face aux risques majeurs et n° 2015-206 relative aux mesures de sécurité dans les écoles et établissements scolaires après les attentats du 13 novembre 2015